Les livres de l’été, partie 2

Envie de réflexion …
Les privilègesLes privilèges, de Jonathan Dee, éditions 10/18
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Adam et Cynthia ont tout pour eux. Mariés à la sortie de la fac, ils forment un couple parfait auquel rien ne résiste. Deux magnifiques enfants et une brillante carrière dans la finance plus tard, leur beauté, leur provocante jeunesse et leur insolente réussite sont toujours inaltérées. Le monde autour n’existe pas, ou bien par le frisson du danger qu’il procure, mais leur noyau demeure, irréductible et indestructible, telle une forteresse dorée. Au coeur de cette famille, le roman dépeint son paradoxe: une intimité de papier glacé, des êtres humains prisonniers de la machine à succès qu’ils ont créée, et les effets décadents de leurs irrésistibles appétits. Portrait d’une famille américaine étourdie de désir, d’argent et de beauté, Les Privilèges, bûcher des vanités du 21e siècle, brosse le tableau remarquablement subtil et cynique d’une nouvelle classe sociale, les ultra-riches, et pose sur l’Amérique post-11 Septembre un regard qui interroge, observe et fait saillir l’absurde, le vice ou la déshérence de personnages en fuite.

Envie d’enfance …
Les poissons ne ferment pas les yeuxLes poissons ne ferment pas les yeux, d’Erri de Luca, aux éditions Gallimard.
Comme chaque été, l’enfant de la ville qu’était le narrateur descend sur l’île y passer les vacances estivales. Il retrouve cette année le monde des pêcheurs, les plaisirs marins, mais ne peut échapper à la mutation qui a débuté avec son dixième anniversaire. Une fillette fait irruption sur la plage et le pousse à remettre en question son ignorance du verbe aimer que les adultes exagèrent à l’excès selon lui.
Mais il découvre aussi la cruauté et la vengeance lorsque trois garçons jaloux le passent à tabac et l’envoient à l’infirmerie le visage en sang. Conscient de ce risque, il avait volontairement offert son jeune corps aux assaillants, un mal nécessaire pour faire exploser le cocon charnel de l’adulte en puissance, et lui permettre de contempler le monde, sans jamais avoir à fermer les yeux. Erri De Luca nous offre ici un puissant récit d’initiation où les problématiques de la langue, de la justice, de l’engagement se cristallisent à travers sa plume.
Arrivé à l’âge d’archive, il parvient à saisir avec justesse et nuances la mue de l’enfance, et ainsi explorer au plus profond ce passage fondateur de toute une vie.

Envie de sensibilité …
La solitude des soirs d'étéLa solitude des soirs d’été, d’Anaïs Jeanneret, aux éditions Albin Michel
Alda a le charme insaisissable et irrésistible des gens que la vie a comblés. Une assurance qui fascine Louis. Le jeune homme retrouve en elle toutes les héroïnes de roman qui l’ont fait rêver et lui ont donné le goût de l’écriture. Invité dans la luxueuse bastide provençale d’Alda et de son mari, Louis n’a d’yeux que pour elle, mère, épouse, amie, rayonnant d’une douceur et d’une beauté qui apparaissent comme un rempart contre la fureur du monde.
Pourtant, au-delà des apparences, il devine chez cette femme qui l’attire inexplicablement une fêlure, une violence susceptible de surgir à tout moment. Le masque de la perfection se lézarde. Pour Louis, c’est la fin de l’innocence, pour Alda le moment de vérité. Après Poupées russes, La Traversée du silence, Anaïs Jeanneret, dans ce nouveau roman émouvant et sensuel, dépeint avec une subtile élégance un univers fitzgéraldien aussi enchanteur que mélancolique.

Envie de désir
Guillaume et NathalieGuillaume et Nathalie, de Yanick Lahens, aux éditions Sabine Wespieser.
Guillaume est sociologue, Nathalie architecte. Ils se rencontrent à la veille du séisme qui a ravagé Haïti en janvier 2010, autour du projet d’un centre polyvalent dans les environs de Port-au-Prince. Entre l’homme de cinquante ans revenu de ses utopies, dont toute la vie s’est jouée dans son île, et la jeune femme au sombre passé qui vient de vivre de longues années en France, l’attirance est immédiate.
Si Yanick Lahens excelle dans l’écriture impatiente de leur désir et si l’on est vite happé par la sourde sensualité qui en émane, elle n’est dupe ni de ses personnages, ni de leur situation. Représentants tous deux de la classe moyenne noire, ils tentent d’endiguer la misère qui les encercle, subissant eux aussi les préjugés racistes de la bonne société haïtienne et la corruption des élites. Nul misérabilisme pourtant dans ce récit, nul catastrophisme non plus, sinon la conscience diffuse de la menace qui plane sur Haïti en ce mois de décembre 2009.
Avec ce roman pétri de tendresse pour son pays, Yanick Lahens acte la victoire de la vie et de l’écriture sur le malheur.

Envie d’intrigues …
Pour trois couronnesPour trois couronnes, de François Garde, aux éditions Gallimard.
Dans le bureau de feu Thomas Colbert, un magnat du commerce maritime, Philippe Zafar, le jeune préposé au classement des archives, découvre un bref texte manuscrit, fort compromettant pour celui qui s’en avérerait l’auteur. Aveux déguisés du défunt ? Exercice littéraire sans conséquence ? Philippe Zafar se lance dans une enquête qui va vite prendre une dimension à laquelle rien ne l’avait préparé.
On retrouve dans ce roman d’aventures, déployé sur un siècle et trois continents – de l’Amérique du Nord aux tropiques -, l’écriture vive et talentueuse de François Garde dont le précédent livre, Ce qu’il advint du sauvage blanc, a été récompensé par huit prix littéraires, parmi lesquels le prix Goncourt du premier roman.

Juste une ombreJuste une ombre, de Karine Giebel, aux éditions Pocket.
Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour… Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit.
Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t’observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule. Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos.
Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard…

Et pourquoi pas dans quelques jours Les livres de l’été, partie 3, play-list super légère. Cela vous dit ?

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